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Les banques à lits

Une petite équipe de ventes spécialisée a créé en 1972 à Cologne sous l'enseigne HRS – Hotel Reservation Service – et sous la direction de l'entrepreneur père de famille Robert Ragge – un petit empire de chambres d'hôtel abordables, présenté  au cours des premières quarante années dans un catalogue de plusieurs centimètres d'épaisseur et ensuite, en 1995, par une page Web et un système de réservation informatisé. C'est plus exactement en 1986 que fut publié le premier catalogue HRS reprenant 2500 hôtels. HRS propose aujourd'hui plus de 250.000 hôtels dans 180 pays. L'entreprise compte en moyenne 6 millions d'utilisateurs mensuels, 25.000 sociétés comme clients d'affaires et réalise, avec ses 550 collaborateurs à Cologne, Shanghai, Londres, Paris, Rome Varsovie et Istanbul, un chiffre d'affaires de plus de 100 millions d'euros.
HRS vient d'acquérir en octobre la majorité des parts dans une autre grande banque à lits, à savoir :  hotel.de, le numéro trois du marché avec 36 millions d'euros de chiffre d'affaires. Les deux autres principaux co-acteurs sur ce premier marché voyagiste qu'est l'Allemagne sont : booking.com et expedia.be.
La chose remarquable aujourd'hui est qu'un lit sur deux se réserve sur la Toile alors que cette tendance ne fait que se confirmer.
Jusqu'ici tout va bien… si ce n'est que les professionnels voyagistes et hôteliers sont loin de voir tous d'un aussi bon œil cette fusion ou effusion entre HRS et  hotel.de.
En effet, qui propose ses chambres d'hôtel par ces portails doit facilement leur céder jusqu'à 13 % du prix de la nuitée.
L'autre conséquence est que, victimes de leur succès, beaucoup d' hôtels positionnés en ligne arrivent à peine encore à caser le client qui leur parviendrait par d'autres canaux de sorte que leurs relations avec l'agent de voyages et le tour-opérateur se trouvent  gravement mises sous pression.
À cela s'ajoute le fait que les établissements hôteliers deviennent par le biais de la réservation quasi exclusive en ligne, captifs de ce système apparemment si commode –et ce, particulièrement en période creuse.
La tentation sera d'autant plus grande pour les petites infrastructures hôtelières indépendantes que les nombreux sites d'évaluation par les clients regorgent de commentaires bidons, vagues, de complaisance ou carrément de mauvaise foi!
On notera qu'en 2007 déjà 16 % de l'ensemble des réservations hôtelières avaient  été effectuées par l'Internet Outre-Rhin pour atteindre en 2009 non moins de 47 %. Ce qui explique que les grands portails cherchent actuellement la croissance dans les pays de l'Est et en Chine.
Dans le seul Empire du Milieu, quelque 30 millions de clients-qui ne représentent que 6 % de tous les internautes!-  réservent leur chambre en ligne. Selon l'association européenne des hôteliers (IHA) la Chine constituera en 2013 le deuxième marché voyagistes et touristique du monde après les USA.
Et pendant ce temps-là il ne se passe plus une journée sans que les vacanciers belges et les professionnels du voyage ne rencontrent, où que ce soit dans le monde,  des hordes touristiques chinoises de Bruxelles à Palma, de la Namibie à la Finlande… Les Chinois se font aujourd'hui 'zyeuter' non seulement comme des  investisseurs potentiels aux reins solides mais aussi comme touristes à bien soigner. 

Logi-ciel

L'industrie voyagiste  – tant méconnue au cours de cette dernière décennie ou pour le moins totalement sous-estimée comme l'un des secteurs de services mondiaux à la plus rapide croissance – constitue pour les écuries politiques, cette bonne vache que les taxateurs et percepteurs de l'ombre n'ont cesse de traire à leur merci. Il suffit en effet de lire sur le décompte final le nombre de suppléments et de taxes de tout ordre grevant et démultipliant le prix nominal du transport à l'heure du lowcost!
Par ailleurs, cette même industrie n'a pas hésité à embrasser, au cours de la dernière biennale, les fleurons de la haute technologie de l'informatique mobile et virtuelle que d'aucuns désignent comme  'cloud computing' et d'autres 'infonuagique' et qui résulte pour une bonne part de l'utilisation et du développement effrénés des médias sociaux.  IBM France* a ainsi pu déclarer en cette fin décembre que “l'humanité aura au cours de ces deux dernières années créé plus d'informations que pendant toute son histoire”, en réalisant une croissance annuelle de 45% jusqu'en 2020. En d'autres termes: il se crée chaque jour ou huit fois plus d'informations que toutes celles contenues dans l'ensemble des bibliothèques des États-Unis!
Faceboook, qui fêtera entre-temps bientôt son premier milliard d'usagers, collecte mensuellement 30 milliards de documents supplémentaires. Le nombre de ‘tweets’ envoyés chaque jour est estimé à 140 millions d'unités. N'oublions pas au passage les bons vieux textos dont le nombre s'accroît au rythme exponentiel vu qu'on les estime à 20 millions d'unités par minute en 2013, c'est-à-dire d'ici un an, alors qu'on n'en comptait en 2010 que 12 millions d'unités par minute.
Une même constatation s'impose lors de l'introduction de tout nouvel outil technologique apportant un accroissement plus que linéaire dans le traitement de données. Le smartphone, par exemple, permet  de réaliser 10 fois plus de données que le simple portable alors que les applications ‘app’ (sur ipod) s'échangent dix fois plus de données que le smartphone.
Cela n'empêche que pour analyser ce giga-flux de données on ne se passera toujours pas des principes de la logique tels qu'ils furent édictés vers la moitié du XVIIIième (G. Leibnitz et G. Floucquet), du XIXième (Gottlob Frege) et du XXième siècles (L. Wittgenstein et E. Husserl).
Mais comme le veut l'actuelle philosophie IBM: les analyses intelligentes mènent à une “smarter planet” créant de meilleures perceptions logiques, indispensables à toute prise de décision ou mise en place de processus de prestation.
L'industrie voyagiste devra, bon gré , mal gré, intégrer bientôt à son tour un système de systèmes dans les applications les plus hypermobiles pour la plus grande satisfaction de son client exigeant. Et la voici ainsi entrée dans une ère où 1000 milliards d'appareils s'imbriquent dans une même trame pour nous faire vivre cet Internet des choses où vogueront les futurs capitaines de l'industrie!
 
*La multiplication exponentielle explosive des ‘big data’ ont amené les groupes américains et européens tels que  Microsoft, SAS Institute, Oracle, MicroStrategy, IBM, SAP, Exalead, à participer par le jeu de reprises et de fusions à la course effrénée vers la réalisation d'analyses et d'interprétations grâce à l'intelligence affairiste contrôlée, sachant qu'en ce moment 85 % de l'ensemble des données ne sont guère structurées !


Robrecht Willaert

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